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La Fortification

Seule partie aujourd’hui visible de l’oppidum, le «Rempart des Helvètes» est sans aucun doute l’icône de la place forte du Vully et de Pro Vistiliaco. Cette portion de la fortification a été reconstituée dès octobre 2001 et inaugurée le 11 mai 2002.

Sa réalisation n’est cependant pas allée de soi. Un premier projet élaboré à la fin des années 80 n’a pas abouti. Il devait être concrétisé en 1991, année des 700 ans de la Confédération. La perspective d’une exposition nationale dans la région des Trois-Lacs lui donna un nouvel élan. Son inauguration a marqué en même temps les 25 ans de Pro Vistiliaco.

La portion reconstituée du rempart des Helvètes a été inaugurée en 2002, année d'Expo.02

La construction

La présence de cette fortification est attestée sur six points de fouille sur un même axe.
Bois, pierre et terre sont les trois éléments constitutifs de ce rempart qui s’étendait sur un front rectiligne de 600 mètres, dans la pente sud-ouest du Mont-Vully.

La structure d’origine est composée de deux rangées parallèles de poteaux verticaux en chêne, de 70 à 80 cm de diamètre, plantés tous les 3 mètres environ. Les deux rangées sont distantes de 3 mètres. Les poteaux étaient enfoncés généralement jusqu’à 1 mètre de profondeur, parfois jusqu’à 1,5 m. Ils dépassaient du sol d’environ 3,5 m à 4 m.

La façade est faite, à la base, d’une assise de grosses pierres morainiques. Au-dessus, des blocs de molasse taillée sont empilés à sec. Cette molasse a été extraite d’un fossé creusé sur toute la longueur de la fortification. Elle était taillée sur place.

La stabilité du parement extérieur est assurée par des planches de 10 cm d’épaisseur, disposées horizontalement tous les 30 cm environ sur la hauteur de la façade. On les appelle les longrines. Ces longrines étaient encastrées dans les poteaux verticaux.

Perpendiculairement à la façade, des traverses reliant les deux rangées de poteaux devaient arrimer l’ouvrage vers l’arrière et le stabiliser. Cependant, ces liaisons n’ont jamais pu être observées, le bois n’ayant pas laissé de trace.

L’ensemble de la structure était ensuite compacté par des remblais de terre, créant une rampe intérieure pouvant aller jusqu’à 30 m à l’intérieur de l’enceinte. Une palissade en bois couronnait le front.

A fond plat, le fossé mesurait 13 m de large pour une profondeur de 2 à 3 m.

La structure du rempart

Les portes

A ce jour, deux portes sont attestées mais seule la porte nord a été étudiée en partie. Cette dernière se trouvait là où le rempart a été partiellement reconstruit.

La porte sud se trouvait en contrebas, à environ 275 m de la porte nord, en direction du lac de Morat, près d’une importante rupture de pente. Aujourd’hui encore, un chemin agricole passe à cet endroit. Son interprétation est moins évidente. Son implantation a probablement été conditionnée par la présence d’un petit replat sur lequel a été érigé la tour sud.
Par symétrie, la tour nord de cette porte sud devait se trouver dans une pente assez forte. Pour régler le problème statique, on postule l’aménagement préalable d’une terrasse avec réglage de la pente. Au niveau du sol, la différence d’altitude entre les deux tours de cette même porte sud est supérieure à 5 mètres!

Entrée nord et entrée sud étaient larges de 12 à 15 mètres. Les portes proprement dites, à ailettes rentrantes, devaient se situer en retrait de quelque 6 mètres par rapport à la façade du rempart. Il s’agirait encore de déterminer l’emplacement exact du porche d’entrée et des superstructures envisagées.

Vue aérienne du site prise dans les années 1970.

Les routes

La route principale (celle qui entrait là où a été reconstitué le rempart) était excavée. Elle comportait deux voies empierrées de 1,50 m et 2,10 m, séparées par une berme de 1,50 m de large. Les dimensions des voies correspondent à celles observées sur d’autres oppida. La circulation se faisait à sens unique et permettait le passage d’un chariot traditionnel.

Pour la porte sud, on a seulement retrouvé un tapis de galets

L'entrée principale comportait deux voies séparées d'une berme

Les tours

Trois tours ont été mises en évidence lors des fouilles. Deux se trouvaient de part et d’autre de la porte principale, chacune à une vingtaine de mètres de l’entrée. Une seule tour de la porte sud a été identifiée.

Ces tours étaient probablement de plan presque carré (7 m à 8 m de côté), supportées par neuf poteaux. Elles possédaient également un parement. La tour sud de la porte nord avait un rez-de-chaussée utilisable (d’où le surnom de «casemate» que lui ont donné les archéologues). La base des autres tours a été partiellement ou entièrement remblayée.
C’est à l’emplacement de ces tours que l’on a retrouvé la plupart du matériel archéologique: de la céramique, des monnaies, des os et des traces de foyer notamment.

La tour sud dite de la "casemate", selon la première maquette de 1992

Réfection

Les fouilles ont démontré que la fortification a été renforcée par un deuxième front, et ceci sur toute sa longueur. On ne sait pas exactement à quel moment a eu lieu cette opération. Ce doublement du parement, avec des poteaux implantés en quinconce à 1,50 m devant le premier front, s’explique difficilement par le vieillissement des premières structures ou pour des raisons défensives, l’apport de nouveaux remblais sur plusieurs mètres à l’arrière du rempart n’améliorant en rien le système de protection.

A quoi donc attribuer cet effort considérable de gros œuvre? Les archéologues postulent qu’il s’agit là d’une entreprise «d’envergure, voire de prestige, planifiée avec le plus grand soin». «Peut-être a-t-on voulu, par le biais d’un projet collectif d’une telle ampleur, exprimer le pouvoir fort d’une autorité, ou même un changement politique? On rejoint là les remarques souvent avancées sur la valeur de prestige et pas uniquement de défense attribuée aux constructions fortifiées de la Tène finale», commentent-ils.

Le rempart a été consolidé par un 2e front

Typologie

L’architecture de la fortification principale du Mont Vully à la Tène finale procède d’un plan directeur rigoureux à plus d’un titre. Dans l’ensemble, nous sommes en présence d’un rempart rectiligne de type «barrage», qui ne tient pas compte des ruptures de pente ou des dénivelées parfois importantes que l’on peut observer dans la partie sud de la colline (au sud de la porte nord).

La fortification vulliéraine est donc à classer dans la catégorie que les spécialistes appellent «mur à poteaux frontaux» (Pfostenschlitzmauer, en allemand). Cette catégorie se définit comme présentant des poteaux frontaux avec un parement externe de pierres sèches, des ancrages à l’arrière sur une deuxième ligne de poteaux à l’arrière, assorti le cas échéant d’un parement «interne» à ciel ouvert à l’emplacement réservé des tours.

Une partie du parement mis au jour

Savoir faire

La construction d’un tel rempart force aujourd’hui encore l’admiration des spécialistes par la cohérence de sa conception architecturale. Les «ingénieurs» de la Tène finale avaient un sens aigu de l’adaptation aux contraintes du terrain.

Professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), Leopold Pflug a étudié la statique du rempart, en vue de sa reconstitution partielle. Il estime entre 200’000 et 435’000 heures le temps nécessaire pour construire une telle fortification. A supposer que ce travail fût effectué durant une année pleine, le chantier aurait mobilisé cent ouvriers qualifiés à temps plein ou une main d’œuvre non spécialisée de 220 personnes. Cela étant, on ignore qui a réellement construit ce rempart.

On distingue nettement l'emplacement du poteau frontal avec, de part et d'autre, le parement en molasse

Reconstitution

La reconstruction visible aujourd’hui n’a pas été faite strictement à l’identique. D’abord, la hauteur hors sol de l’ouvrage est de 5 m, sans compter la palissade. C’est un peu plus élevé que la hauteur originale estimée par certains archéologues. D’autre part, la reconstitution a recouru à des matériaux et des techniques modernes tels l’imprégnation des bois, le bétonnage des pieux, la mise en place de tirants en fer et de la toile isolante à l’intérieur du remblai, ainsi que des drainages pour empêcher la pression de l’eau contre le parement. Quant à la palissade supérieure en créneau, c’est une pure invention sur le modèle du crénelage des châteaux médiévaux. Ce rempart «témoin» a donc avant tout une vocation didactique et illustrative.

La reconstitution a été rendue possible dans un délai de six mois par l’engagement de militaires «prêtés» par l’armée suisse à l’occasion de leurs cours de répétition. Des entreprises de construction locales ont offert des matériaux inertes pour le remblai. Les blocs de molasse proviennent quant à eux de Marly (FR), à la faveur de l’élargissement de la route cantonale dans la montée de la Crausa. Quant au bois (chêne pour les poteaux, les longrines et les traverses, hêtre pour la palissade), une partie été mise à disposition par le canton de Fribourg et transporté par les troupes depuis Posieux. Une autre partie a été offerte par la commune de Morat.

L'armée a mis à disposition ses troupes pour reconstruire un bout du rempart

Coût de la reconstitution

La restitution partielle du «Rempart des Helvètes» a coûté 110’000 francs. Elle a notamment bénéficié de l’aide de la commune du Bas-Vully (10’000 fr.), de Pro Vistiliaco (40’000 fr.) et de la Loterie romande (40’000 fr.). Le solde a été pris sur l’enveloppe octroyée au groupe de travail Expo-Vully par les communes du Vully fribourgeois, par la société de développement et par le canton de Fribourg pour les animations locales prévues dans le cadre de l’exposition nationale Expo.02.

 

Leurs contributions financières ont permis de restituer une partie du rempart

Bas-Vully
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